Le cancer du sein

La radiographie des seins (mammographie) est pratiquée par les cabinets de radiologie à des fins de dépistage depuis les années 70. La France est, de tous les pays industrialisés, celui où le dépistage radiologique des cancers du sein est le plus répandu. Ainsi l’activité mammographique a explosé entre le début et la fin des années 80, passant (par an) de 350 000 examens à caractère essentiellement diagnostique à 1 900 000 examens dont 60% sont des examens de dépistage.

Mais quel a été l’impact de la diffusion des mammographies de dépistage sur la santé des femmes ? Les bénéfices attendus d’une détection précoce des cancers du sein, bénéfices qui s’expriment en années de vie gagnées en bonne santé pour quelques femmes, justifient-ils que toutes se soumettent aux contraintes de l’examen, à l’anxiété de l’attente des résultats et, dans certains cas, aux risques du dépistage : les cancers non détectés (faux négatifs), les explorations inutiles (faux positifs) et les traitements inutiles (traitement de tumeurs non évolutives) ?

Pour répondre à cette question, il a été nécessaire de définir un certain nombre de critères afin d’harmoniser les indications et les méthodes de dépistage entre tous les cabinets de radiologie et de pouvoir réaliser une analyse globale de cette pratique. C’est le début d’un dépistage organisé. Il a ainsi fallu déterminer quelles étaient les femmes susceptibles de tirer le plus grand bénéfice du dépistage et définir la fréquence des contrôles, les modalités de l’examen et de son interprétation, les critères de positivité du dépistage et les procédures de suivi des femmes dont le test est positif.

Entre 1989 et 2004, trente-deux départements se sont engagés dans cette entreprise de standardisation et d’évaluation. Le département des Alpes-Maritimes et Aprémas participent à ce travail depuis le tout début.

Ces études ont fait progressivement évoluer les pratiques de dépistage : introduction d’un examen clinique des seins, augmentation du nombre des clichés réalisés (de 2 à 4), possibilité de réaliser tout de suite d’autres examens en cas de doute, réduction de l’intervalle entre deux contrôles, organisation d’une deuxième lecture centralisée des mammographies, prolongement de la période de surveillance jusqu’à 74 ans.

En 2002, une procédure de dépistage du cancer du sein optimisant les performances et la sécurité de l’examen était définie et le  consensus scientifique français rejoignait les recommandations européennes pour valider l’intérêt de ce dispositif pour toutes les femmes, tous les deux ans pendant 25 ans (de 50 à 74 ans), lorsqu’elles n’ont aucun facteur de risque particulier de développer un cancer du sein. Dans ces conditions optimales de réalisation et avec une forte participation des femmes concernées, le dépistage organisé du cancer du sein pourrait sauver, en France, jusqu’à 3000 vies par an.


Quelle est la place du dépistage individuel lorsqu’un dépistage organisé systématique a démontré, grâce à un ensemble de procédures bien spécifiques, qu’il optimisait les avantages du dépistage et en minimisait les inconvénients ?

Le dépistage individuel du cancer du sein est recommandé pour les femmes qui ont un risque plus important de développer ce type de cancer car il est légitime, chez elles, de proposer des contrôles plus rapprochés ou qui débutent plus tôt, avant 50 ans.

Les femmes qui ont un risque augmenté de développer un cancer du sein sont :

  • les femmes chez lesquelles on a découvert une anomalie du sein de type hyperplasie épithéliale atypique ou néoplasie lobulaire in situ
  • les femmes qui ont déjà eu un cancer du sein
  • les femmes qui ont un ou plusieurs membres de leur famille touché(s) par un cancer du sein ou de l’ovaire. Les formes familiales avec prédisposition génétique concernent 5 à 10% des cancers du sein

Le dépistage individuel du cancer du sein fait appel au même examen que le dépistage organisé : la mammographie. L’examen ne bénéficie ni de la double lecture ni des contrôles qualité des campagnes de dépistage mais l’avantage est que le médecin peut adapter chaque surveillance au niveau de risque particulier de sa patiente : des examens plus fréquents (souvent annuels) et débutant plus tôt (en général vers 40 ans). À partir de 50 ans, et quelle que soit la fréquence recommandée pour les contrôles, il est toujours possible d’en réaliser un tous les deux ans dans le cadre du programme.

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Estimation de l'impact du dépistage organisé sur la mortalité par cancer du sein