Médecine libérale et campagnes de dépistage des polypes et du cancer colorectal

Le médecin traitant est l’acteur essentiel des campagnes de dépistage du cancer colorectal. C’est sur lui que repose l’adhésion des patients (donc le taux de participation) comme la qualité du dépistage (orientation des patients vers la stratégie adaptée, qualité de réalisation des tests, prise en charge et suivi des résultats positifs).

Les campagnes de dépistage demandent aux médecins un investissement en temps considérable, sans compter un certain nombre de contraintes administratives généralement peu appréciées. Cet effort est consenti par le médecin autant pour ses patients que pour la collectivité : collectivité scientifique qui a besoin de l’évaluation des campagnes pour progresser et population globale des 50-74 ans sur laquelle l’impact du dépistage est flagrant alors que sur une seule patientèle, il peut paraître limité.

L’épidémiologie permet d’estimer qu’un médecin traitant investi dans la campagne et qui réussit à faire participer tous ses patients (50-74 ans) découvrira une lésion intestinale, cancer ou gros polype, chaque année. Mais pour cela il lui aura fallu convaincre, chaque année, 125 personnes de faire un test ; donner 125 fois toutes les explications pour que le test soit réalisé dans les meilleures conditions possibles ; recevoir 125 courriers de résultats ; convaincre les deux ou trois patients dont le test est positif de réaliser une coloscopie ; transmettre à Aprémas, en lien avec le gastro-entérologue, les résultats de ces coloscopies, des analyses anatomocytopathologiques réalisées et des éventuels traitements chirurgicaux. Recommencé tous les ans pendant 30 ans, cet investissement lui permettra d’offrir à 50 de ses patients la meilleure prise en charge possible, c’est à dire, pour dix d’entre eux, le diagnostic précoce et le traitement d’un cancer colorectal débutant avec des chances de guérison optimales et, pour 30 à 40 patients, l’ablation d’un polype avant tout risque de transformation en cancer.

À l’échelle de la France, un tel investissement permettrait de trouver 15 000 cancers et entre 45 000 et 60 000 polypes par an et de sauver, à terme, 6 000 vies chaque année. Avec un objectif plus réaliste de 50% de participation de la population cible, d’autant que tous les « 50-74 ans » ne consultent pas régulièrement un médecin, tous ces chiffres sont à diviser par deux mais restent très impressionnants.

Post-It

Les campagnes de dépistage offrent aux médecins généralistes la garantie d’une procédure de dépistage validée, contrôlée et évaluée qui suivra l’évolution des connaissances et des techniques. Elles offrent aussi la sécurité d’une invitation méthodique et régulière de leurs patients, tous les deux ans. Les médecins gardent la possibilité de prescrire directement un test de dépistage à réaliser dans le cadre de la campagne à tout patient de la tranche d’âge concernée qui n’a pas réalisé de test avec Aprémas depuis au moins 18 mois.

Cabinets de gastro-entérologie et campagnes de dépistage des polypes et du cancer colorectal

Les campagnes de dépistage orientent vers les cabinets de gastro-entérologie des patients qui, sans invitation à participer au programme, ne seraient peut-être jamais venus consulter. Il s’agit des patients qui ont un test de dépistage positif mais aussi de ceux qui sont adressés par le médecin traitant au lors de la consultation de dépistage car leurs antécédents familiaux ou personnels leur confèrent d’emblée un niveau de risque élevé de développer un cancer colorectal.

Parallèlement, le programme de dépistage sollicite les gastro-entérologues pour qu’ils transmettent au centre de coordination certaines données médicales utiles pour évaluer l’impact de la campagne et optimiser les invitations de la population cible.