Quel niveau de preuve ?

L’objectif des campagnes de dépistage est de réduire la mortalité par cancer colorectal et de diminuer l’incidence de ce cancer grâce au traitement des polypes. Cette démonstration doit être faite à partir d’études contrôlées et randomisées au cours desquelles la moitié des personnes est régulièrement invitée à se faire dépister et l’autre moitié non.

Les tests au gaïac sont les seuls tests de dépistage ayant démontré, au cours de trois essais réalisés en population générale, une réduction moyenne de la mortalité par cancer colorectal de 15 à 18% dans le groupe des personnes invitées au dépistage par rapport au groupe des personnes non invitées. Cette réduction atteint 33 à 39% dans le sous-groupe des sujets ayant fait au moins 1 test. Cet impact sur la mortalité est atteint en une dizaine d’années. La diminution de l’incidence des cancers colorectaux grâce à l’exérèse des polypes est attendue 15 à 20 ans après le début des programmes.

On observera que l’impact sur la mortalité par cancer colorectal d’un dépistage par le très décrié test Hemoccult® II n’est pas très éloigné de l’impact sur la mortalité par cancer du sein de l’irréprochable mammographie. Ceci pour souligner que performance d’un test et performance d’un programme de dépistage ne sont pas synonymes !

Pour obtenir cette efficacité tout en limitant les effets délétères potentiels du dépistage, il est nécessaire d’organiser des conditions de lecture de l’Hemoccult® II qui minimisent la subjectivité de son interprétation :

  • lecture des tests dans des centres spécialement agréés où les équipes sont formées et entraînées et chaque plaquette interprétée simultanément par deux techniciens.
  • programme d’assurance qualité.

Cette exigence est celle des campagnes de dépistage des polypes et du cancer colorectal. Lorsqu’elles seront généralisées à l’ensemble des départements (seuls 23 participent aujourd’hui, dont les Alpes-Maritimes), 15 millions de personnes en France seront concernées par le programme et, avec un taux de participation de 50%, 3000 vies pourront, à terme, être sauvées chaque année.

Pour en savoir plus
Prévention, dépistage et prise en charge des cancers du côlon. Conférence de consensus. Gastroenterol Clin Biol 1998

Rapport du groupe technique sur le dépistage du cancer colorectal. 26 avril 2005

Dépistage organisé du cancer colorectal : situation actuelle et évolution souhaitable. Rapport de l’Académie Nationale de Médecine. 30 janvier 2007

Dossier cancer colorectal. La revue Prescrire, septembre 1998