Histoire naturelle

Le processus qui conduit au développement d’un cancer comporte une dizaine d’étapes indépendantes qui correspondent chacune à la survenue d’une modification de l’ADN des cellules (matériau constituant les gènes). Les modifications de l’ADN  peuvent être le fruit du hasard, le résultat d’un contact avec un toxique ou encore le résultat de l’instabilité d’un ou de plusieurs gènes (caractéristique familiale transmise). Lorsqu’une modification apparaît sur l’ADN d’une cellule, cette cellule transmettra sa nouvelle caractéristique à toutes ses cellules-filles. Si, après des mois ou des années, l’une de ces cellules-filles est à son tour touchée par une mutation de l’ADN, ce n’est plus une mais deux modifications qui seront transmises aux cellules-filles. Ce processus, qui peut s’interrompre à tout moment, peut aussi, lorsqu’une dizaine de mutations successives se cumulent et se combinent, conduire au développement d’un cancer.

Les premières mutations géniques peuvent entraîner une hyperplasie cellulaire, c’est à dire que les cellules sont plus nombreuses qu’en conditions normales. Si d’autres mutations surviennent, il peut y avoir une hyperplasie atypique : parmi les cellules en grand nombre, certaines présentent des anomalies morphologiques. Si les mutations continuent, on arrive au stade de cancer in situ : la prolifération cellulaire est anarchique mais elle reste contenue par la membrane basale tissulaire. La dernière mutation, qui peut ne jamais survenir, est celle qui transforme le Cancer in situ en Cancer invasif.

Le passage d’une étape à l’étape suivante n’est donc absolument pas systématique. Toutes les hyperplasies atypiques ne deviennent pas des cancers in situ et tous les cancers in situ ne se transforment pas en cancers invasifs. Cela ne touche, à chaque fois, qu’un petit pourcentage de cas. Même l’évolution clinique d’un cancer invasif est difficilement prévisible. Il existe des formes dites « bénignes » qui restent stables pendant des années mais aussi des formes plus rapidement évolutives.

Pour en savoir plus :
Histoire naturelle du cancer du sein - M. Tubiana et S. Koscielny - Springer Paris 2007